En Irlande, toute personne pourra bientôt vérifier sur internet si son partenaire, ou celui qu’elle s’apprête à fréquenter, a déjà été condamné pour des violences conjugales graves. Le 15 juillet dernier, les députés irlandais ont adopté la « loi Jennie », qui instaure le tout premier registre public de ce type dans le pays. Un texte que l’on doit avant tout à la ténacité d’une famille endeuillée, bien décidée à ce que le drame qu’elle a vécu ne se reproduise pas.
Le combat d’un frère pour la mémoire de Jennie
Tout commence en avril 2021, à Finglas, dans la banlieue de Dublin. Jennifer Poole, que ses proches surnommaient Jennie, a 24 ans et deux enfants lorsqu’elle est tuée par son ancien compagnon. Aide-soignante, joueuse appréciée de son équipe de camogie, elle ignorait tout du passé de cet homme, qui avait pourtant déjà purgé deux ans de prison pour avoir agressé une ex-compagne et la mère de celle-ci. Sa famille ne l’a appris qu’au moment du procès, à l’issue duquel il a été condamné à la réclusion à perpétuité.
C’est de ce silence qu’est né l’engagement de Jason Poole, le frère de Jennie. Depuis cinq ans, il plaide sans relâche pour qu’un tel outil existe, convaincu que s’il avait pu connaître les antécédents de cet homme, il aurait pu prévenir sa sœur. Le jour du vote, il était présent dans les tribunes du Dáil, le Parlement irlandais, aux côtés de ses parents Jackie et Joe et des deux enfants de Jennie. À l’annonce de leur arrivée, les députés se sont levés pour leur offrir une longue ovation. Le ministre de la Justice, Jim O’Callaghan, a salué une famille qui a voulu laisser un hommage durable à celle qu’elle a perdue.
Un registre contre les violences conjugales, entouré de garde-fous
Le registre sera hébergé sur le site officiel des tribunaux irlandais. Il recensera les personnes condamnées pour des faits graves commis contre un partenaire ou un ex-partenaire, comme le meurtre, le viol, l’agression sexuelle, les coups et blessures, les menaces de mort, le harcèlement ou la séquestration. Chaque fiche indiquera la nature de la condamnation et la peine prononcée.
Pas question pour autant de créer un fichier général des délinquants. Le dispositif est pensé exclusivement pour la sphère conjugale, et il repose sur une condition essentielle : aucune personne condamnée ne pourra y figurer sans l’accord de la victime, dont la parole reste ainsi au centre du processus. Le juge du procès conservera également une marge d’appréciation au cas par cas. La plupart des inscriptions seront durables, même si une personne pourra demander à en être retirée devant un tribunal, trois ans au minimum après sa sortie de prison, un délai que certains élus jugent encore trop court.
L’Irlande va plus loin que ses voisins
L’Irlande n’est pas la première à s’emparer du sujet, mais elle va plus loin que la plupart des pays européens. Au Royaume-Uni, la « loi Clare », en vigueur depuis 2014 et baptisée du nom de Clare Wood, tuée en 2009 par un ex-compagnon dont elle ignorait le passé violent, permet de solliciter la police pour connaître les antécédents d’un partenaire. Mais ce système fonctionne sur demande, sans publication en ligne, et il est souvent critiqué pour ses délais et ses réponses inégales d’un commissariat à l’autre.
Le texte irlandais doit désormais être promulgué par la présidente Catherine Connolly. Pour la famille Poole, c’est l’aboutissement d’années de mobilisation, et la certitude que le prénom de Jennie protégera d’autres femmes.
En France, les victimes et les témoins de violences conjugales peuvent joindre le 3919, numéro d’écoute gratuit et anonyme, accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, partout en France.





