Pas de chrono, pas de classement, pas de podium. Depuis ce mercredi 16 septembre, des coureurs valides et en situation de handicap avancent côte à côte à travers la France, avec une arrivée prévue le 3 octobre sur le Vieux-Port de Marseille. Pour sa deuxième édition, le Marathon des Capables change d’échelle sans rien perdre de ce qui fait sa force : l’envie de courir ensemble.
Il y a dans cette course quelque chose qui tranche avec l’époque. Alors que la course à pied vit au rythme des montres connectées, des records personnels partagés sur les réseaux sociaux et des inscriptions prises d’assaut en quelques minutes, le Marathon des Capables propose exactement l’inverse. Ici, personne ne compare ses temps et personne ne se bat pour une place. Le seul objectif consiste à parcourir la distance tous ensemble, chacun à sa mesure, et à rallier la Méditerranée en ayant partagé bien plus qu’un effort physique.
Le 4 septembre, les participants se sont retrouvés pour un dernier entraînement avant le grand départ. Pour cette nouvelle édition, les organisateurs attendent jusqu’à 800 participants, un chiffre qui témoigne de l’engouement suscité par le projet. Autour d’eux gravite tout un réseau d’associations, de mairies et d’institutions qui se mobilisent pour accueillir la caravane au fil des étapes.
Une aventure au long cours

Le parcours a de quoi impressionner. La course s’étend sur 800 kilomètres répartis en 18 étapes, traversant le pays du nord au sud en alternant routes départementales, chemins de campagne, sentiers de trail, voies vertes et traversées de villes. Dix-huit jours, dix-huit étapes, et autant de rendez-vous festifs dans les communes traversées, jusqu’à l’ultime tronçon qui reliera Aix-en-Provence à Marseille avant l’arrivée sur le Vieux-Port.
L’aventure n’en est pas à son coup d’essai. La première édition s’était déroulée du 24 septembre au 11 octobre 2025, déjà sur 800 km et 18 étapes entre Port-Marly et Marseille. À l’époque, l’arrivée avait été célébrée par une boucle marseillaise de 5,5 km entre cœur de ville et bord de mer, ouverte à tous quel que soit le niveau. Un an plus tard, le projet revient plus structuré et plus ambitieux, porté par le bouche-à-oreille et par les liens tissés lors de la première traversée.
Né d’un constat sur les dunes du Sahara
À l’origine du Marathon des Capables, il y a Moussa Diallo, coach sportif habitué à accompagner des coureurs du semi-marathon jusqu’à l’ultra-endurance. En prenant part à plusieurs éditions consécutives du mythique Marathon des Sables, il remarque que les personnes en situation de handicap ne sont qu’une poignée au départ, et qu’elles participent le plus souvent dans une catégorie séparée, comme pour cocher une case. Ce constat le travaille. Pour lui, la question dépasse la simple accessibilité des parcours : c’est la manière même dont on pratique le sport qui mérite d’être repensée, dans un milieu où la quête de performance et l’image renvoyée en ligne ont pris une place considérable, au détriment du collectif.
Avec Terence Giardina et Thierry Mode, il décide alors de créer une course où l’inclusion ne serait pas une option ajoutée en marge, mais le cœur même de l’événement. Le Marathon des Capables était né, avec une idée directrice qui tient en une phrase : le sport appartient à tout le monde.
Une course où l’effort se mesure autrement
Toute l’originalité de l’épreuve repose sur son fonctionnement. Sur chaque étape d’environ 50 kilomètres, les participants valides peuvent choisir de courir 10 km, un semi-marathon ou la distance marathon, tandis que les personnes en situation de handicap peuvent rejoindre le parcours aussi longtemps qu’elles le souhaitent. L’idée n’est pas de comparer les distances, mais de reconnaître la valeur de chaque effort. Aux yeux des organisateurs, quelques centaines de mètres parcourus par une personne porteuse de trisomie 21 représentent un accomplissement tout aussi remarquable qu’un semi-marathon bouclé par un coureur valide.
Le tracé a été pensé en conséquence. Plus de 80 % du parcours est accessible aux personnes à mobilité réduite, et certaines portions sont spécialement aménagées pour les personnes en situation de handicap, tout en restant ouvertes à tous. La participation elle-même se veut totalement libre : chacun peut rejoindre une portion, une étape ou plusieurs, et quitter la course quand il le souhaite. On peut courir, marcher, rouler ou pousser un fauteuil, seul, entre amis ou avec ses collègues, et les associations, structures médico-sociales, foyers et établissements spécialisés sont également invités à rejoindre l’aventure avec leurs sportifs et leurs encadrants.
L’entraide comme règle du jeu
Sur la route, l’état d’esprit compte autant que les kilomètres. Les valeurs affichées par l’organisation sont l’entraide, le respect, la solidarité et l’inclusion : quand un participant est en difficulté, les autres l’épaulent, et quand quelqu’un doit s’arrêter, il est soutenu plutôt que laissé de côté. Beaucoup arrivent au départ en doutant de leurs capacités et repartent avec la conviction d’avoir accompli bien plus qu’ils ne l’imaginaient, et surtout d’avoir vécu cette réussite en groupe. Des amitiés naissent entre des personnes qui ne se seraient sans doute jamais croisées sur une ligne de départ classique. Finishers
Cette dynamique dépasse d’ailleurs les seuls coureurs. L’événement vit grâce à ses partenaires et mécènes, et invite les entreprises à s’engager en faveur de l’accessibilité et de la solidarité dans le cadre de leur politique RSE. Une manière de montrer que l’inclusion n’est pas seulement l’affaire du monde associatif, mais un projet de société qui concerne tout le monde. Marathondescapables
Rendez-vous sur le Vieux-Port
D’ici au 3 octobre, la caravane du Marathon des Capables va traverser villes et campagnes, accumulant les kilomètres, les rencontres et les petites victoires du quotidien. Et lorsque les participants franchiront enfin la ligne d’arrivée sur le Vieux-Port, après avoir quitté Aix-en-Provence pour une dernière étape chargée d’émotion, il n’y aura ni premier ni dernier. Seulement des centaines de personnes qui auront prouvé, pas après pas, qu’on va toujours plus loin ensemble.





