Il y a un an, la profession affichait grise mine. Après une année 2025 poussive, les exploitants s’inquiétaient ouvertement de voir le public prendre durablement ses habitudes sur les plateformes. L’été 2026 vient de renverser la table. Entre le 29 juillet et le 4 août, les cinémas français ont accueilli 6,5 millions de spectateurs en sept jours : jamais, depuis que l’on tient des statistiques, une semaine estivale n’avait atteint un tel niveau. Ramené à la population du pays, cela revient à dire qu’un Français sur dix a poussé la porte d’une salle en l’espace de quelques jours. « À ce niveau-là, c’est rarissime », résume Richard Patry, président de la Fédération nationale des cinémas français.

Le chiffre n’est pas un accident isolé. Le Centre national du cinéma a confirmé le 3 août que juillet s’était clôturé sur 17,5 millions d’entrées, en progression de 22,6 % sur un an. De quoi en faire le mois le plus fréquenté de l’année et se rapprocher très nettement des étés 2023 et 2024, ces excellents millésimes qui avaient dépassé les 18 millions d’entrées sur le seul mois de juillet. Le signal était d’ailleurs déjà passé au vert en juin, avec une Fête du cinéma qui avait attiré plus de 13 millions de spectateurs.

Une programmation où chaque film a trouvé sa place

Ce qui frappe cette année, c’est moins la performance d’un titre isolé que la mécanique d’ensemble. Les sorties se sont succédé sans se marcher dessus, chacune allant chercher son public sans dévorer celui de la précédente. L’Odyssée de Christopher Nolan, sortie mi-juillet, a franchi les cinq millions et demi d’entrées et s’est hissée au rang de plus grand succès mondial de la carrière de son réalisateur. Deux semaines plus tard, l’arrivée de Spider-Man : Brand New Day avec Tom Holland n’a pas fait s’effondrer le film de Nolan : les deux ont continué de tourner côte à côte, dépassant chacun le cap symbolique des cinq millions de spectateurs.

Autour de ces deux locomotives, l’offre familiale a joué à plein. Vaiana, Toy Story, les Minions et, plus récemment, La Pat’ Patrouille ont drainé parents et enfants pendant toute la durée des vacances. Rien de très surprenant : les précédents volets de ces sagas avaient déjà fait la démonstration de leur solidité, avec 4,4 millions d’entrées pour Toy Story 4 en 2019, 8 millions pour Vaiana 2 en 2024 ou encore 2,3 millions pour La Pat’Patrouille : La Super Patrouille en 2023. À l’autre bout du spectre, des propositions plus inattendues comme le documentaire De la Comédie-Française ont trouvé un public bien au-delà des cercles initiés, approchant les 800 000 entrées. C’est probablement là que se joue l’essentiel : blockbusters américains, animation, comédies françaises et cinéma plus exigeant ont cohabité dans les mêmes multiplexes, offrant à chaque profil de spectateur une raison de revenir.

La bonne surprise du diptyque sur De Gaulle

L’histoire la plus réjouissante de cet été est peut-être celle de La Bataille de Gaulle. Le premier volet, sorti le 3 juin, avait démarré timidement, attirant surtout des passionnés d’histoire lors de ses premières semaines d’exploitation. Puis le bouche-à-oreille a fait son œuvre et le public s’est considérablement élargi, notamment vers les plus jeunes. Richard Patry résume le phénomène avec malice : pour toute une génération, De Gaulle est devenu une sorte de super-héros, et cela suffit à donner envie d’aller le voir. Le diptyque cumule aujourd’hui autour de cinq millions d’entrées et affiche parmi les meilleures notes spectateurs de tout le box-office de l’année.

L’effet canicule, et le cercle vertueux qu’il a enclenché

La météo a incontestablement mis sa pierre à l’édifice. Il suffit de superposer les courbes : 4,8 millions d’entrées lors de la dernière semaine de juin, 4,1 millions à la mi-juillet, 6,5 millions début août, soit exactement le calendrier des épisodes caniculaires traversés par la France. Le président de la FNCF ne s’en cache pas, tout en refusant de réduire le phénomène à une simple histoire de climatisation : au cinéma, on ne vient pas seulement chercher de la fraîcheur, on prend deux heures de plaisir et deux heures de répit thermique, ce qui fait un argument difficile à battre en pleine vague de chaleur.

Reste que l’effet dépasse largement la météo. Ce que décrivent les exploitants ressemble à un cercle vertueux : plus les Français vont au cinéma, plus ils ont envie d’y retourner. L’expérience collective, sur grand écran, dans le noir, reste difficilement remplaçable, et une bonne séance appelle la suivante. Quand des films de qualité s’enchaînent semaine après semaine, l’offre se renouvelle en permanence et le réflexe s’installe.

Cap sur les 190 millions d’entrées

La profession vise désormais 190 millions d’entrées sur l’ensemble de l’année 2026, soit une trentaine de millions de spectateurs de plus qu’en 2025. On resterait un cran en dessous des 200 millions d’avant la crise sanitaire, mais l’écart se réduit et l’année est encore loin d’être terminée. Richard Patry mise sur plusieurs sorties à venir, à commencer par Tombé du ciel et La fin d’Oak Street, attendus dans les jours qui viennent, ainsi que sur les films découverts à Cannes comme Fjord et Notre Salut, ou encore Les Misérables. Il annonce même « de très bonnes surprises ».

Il y a douze mois, on parlait du cinéma français au passé. Cet été, six millions et demi de personnes ont rappelé en une seule semaine que le rituel de la salle obscure n’avait rien perdu de sa force.

Inscrivez-vous à notre newsletter ! 💙

L'actualité qui fait du bien 💙

Recevez chaque dimanche les plus belles histoires de la semaine. Des parcours surprenants, des initiatives inspirantes et des ondes positives directement dans votre boîte de réception. Zéro stress, 100% espoir !